Un si joli village

26e RÉSIDENCE DE PRINTEMPS VERNISSAGE DE L’EXPOSITION LE VENDREDI 1er JUILLET A 19H Giulia Andreani, David Coste, Séverine Hubard, Laurent Kropf et Jérémy Laffon Sous la direction artistique de Caroline Bissière & Jean-Paul Blanchet du CAC Meymac – à Les Arques.

Un si joli village

« Prolongeant la thématique choisie pour résidence 2015, sur la mise en scène de l’espace public comme lieux de commémoration, de jeux, de socialisation ou d’échange, les cinq artistes retenus pour la session 2016 s’interrogeront prioritairement sur l’architecture et l’urbanisme qui matérialisent dans l’espace et ici dans le village des Arques, cette communauté humaine, leurs dynamiques, leurs manques et leurs pertes. Ce qui conduit naturellement à en questionner l’histoire. » Caroline Bissière et Jean-Paul Blanchet

Aux Arques, David Coste a opéré se- lon ces deux approches qui arti-culent son travail: l’une que l’on pourrait quali er de macro et l’autre de micro, l’une externe, l’autre intime. Dans la première, il reproduit photographi- quement, plus vrai que nature, sur une bâche tendue devant le pignon extérieur de l’ate-lier de Zadkine, le mur qu’elle recouvre dans toute sa hauteur. Il réduit ainsi à une dimension ctionnelle ce pan d’espace par un décor qui le met en abîme, donnant à voir ce que sa banalité dissimule. Ce geste de recouvrement qui emprunte aux premiers temps du cinéma ou au théâtre de tréteaux, mime formelle- ment, dit-on aujourd’hui, une offre de réalité augmentée, con rmant non seule-ment l’impossibilité physique d’accéder à l’atelier enserré dans une propriété privée, faute d’une porte indépendante, mais plus pro-fondé- ment déplace l’existence même de cet atelier vers le domaine de l’imaginaire, exprimant métaphoriquement qu’il est devenu - car-casse presque vide d’ceuvres, d’outils ou de matériaux qui pourraient évoquer la présence de Zadkine- un mythe .

Dans une dimension plus intime, plus intérieure, à la manière dont la mémoire réélabore des bribes de souvenirs, d’émotions, d’histoires qu’on raconte ou se raconte ou dans un rêve, David Coste a relevé, autour et dans le village, par des croquis exécutés à la mine de plomb, des fragments de nature ou des pans de mur qui font l’espace rural et celui des Arques sur ses frontières. Par un processus de collage, il les relie à des images correspondantes extraites de deux lms: « Brigadoon » et «Les Contrebandiers de Mount- eet». Le montage de type photo- graphique donne, en les ctionnali- sant, de l’ampleur à ces panoramas minuscules, centrés sur des détails de plantes ou d’architecture, une prolifération sauvage ou du construit dans lesquels l’imagination circule et se raconte, empreinte de mystère.

Puisque l’on sait depuis toujours que la nature grouille en dessous de vies et d’esprits multiples qui se croisent ou se superposent et que les soubassements des maisons et des villes recèlent, enfer-mées, des histoires, comme les images se recoupent dans la mémoire. L’en- semble de ces fragments rassemblés sur une table, restitue un univers complexe qui possède des reliefs se dressant comme de petites collines, dont les grands dessins sur les murs paraissent être la réalité augmentée. C’est-à-dire l’agrandissement plus lisible du détail: enchevêtrements de végétaux, accidents du terrain, traces d’occupation, combinaison de singularité, qui intéressent par leur potentiel d’imaginaire, au premier chef, David Coste. Jean Paul Blanchet